« Vu chez François Desouche | Page d'accueil | Je n'aime pas Berlusconi »
15.04.2008
Délit d'incitation à la maigreur excessive
Le niveau monte.
L'Assemblée nationale vient encore d'inventer un nouveau délit. Le délit d'incitation à la maigreur excessive. Je vous interdis de rire, ce n'est pas un canular. La France est tombé aussi bas.
La diarrhée législative avait déjà atteint des sommets. Il est vrai que les députés nous avaient habitués à légiférer sur la Mémoire, bref, on avait un peu zappé ses lubies antisectaires et matriarco-hygiénistes.
Eh bien je dois dire que la République fait des étincelles quand son délire est alimenté par les "préoccupations"* des "associations de familles", pas des associations cathos qui luttent pour qu'on cesse d'intoxiquer les infos avec la propagande porno à l'école, non, les assos de famille du genre procédurières, emmerdantes, paranos, qui vont chercher sur Saturne voire sur Jupiter des explications externes au désastre de l'éducation qu'ils n'arrivent pas à donner à leurs enfants.
Cette pantalonnade serait marrante si elle n'était pas insultante. L'anorexie mentale n'est pas un phénomène de mode. C'est une maladie pédopsychiatrique dont on ignore les causes, et qui n'a rien à voir avec l'envie d'être maigre pour ressembler à qui que ce soit (elle a été décrite par des psychiatres avant même l'invention du mannequinat...). A titre de comparaison, ce serait comme accuser les poètes du spleen d'inspirer l'épidémie de dépressions... Alors évidemment il y a les inepsies "pro-ana" sur Internet, cette vaste poubelle que la matriarchie essaie désespérément de rendre salubre par une accumulation de lois toujours plus délirantes.
L'incitation à la maigreur excessive. Ce qui m'emmerde le plus avec ce radotage d'agonisants, c'est que des officiers de police judiciaire et des magistrats vont devoir, sur injonction de quelques assos de parents paranos puritains post-catholiques, perdre leur temps à enquêter, à mener des procédures pour ça. Emeutes, agressions, vols, meurtres : impunité. Incitation à l'anorexie, consentement à l'horrible, instillation-de-doute-ce-poison-de-l'esprit : procédure et condamnation.
Autant la IIIème République était vociférante, fulminante, éructante, et avait la droite qu'elle méritait (violente, incontrôlable, irrascible), autant la Vème vire franchement à la sénilité incurable. Résister, c'est avant tout se retenir de bailler devant tant d'imbécilité satisfaite.
Avec 3 à 4 délits imaginaires inventés par an, la France ne tiendra pas longtemps. Quand on met dans le même sac toutes les insanités de l'insociable sociabilité humaine (les vrais délits, le "droit commun" : vol, violence etc.) et des blasphèmes contemporains, il ne faut pas s'étonner quand de petits caïds chient sur l'ensemble en raison de son aspect globalement ridicul et matriarcal. Quand la Loi interdit d'éternuer sans couvrir son nez d'une main, et de tuer, eh bien le meurtre est rabaissé au rang d'incivilité. L'adultération de la loi par la diarrhée législative est un concept inaccessible aux cervelles matriarchiques qui nous gouvernent. Peut-être qu'ils ont l'esprit trop caramélisé pour comprendre en quoi la transgression se nourrit de lois idiotes...
* le totalitarisme à visage démocratique est, tout comme son prédecesseur bureaucratique, un art de l'euphémisme. Quand un psychopathe parle de "combler un vide juridique", c'est qu'il s'apprête à perpétrer un attentat contre le sens commun et la liberté. En ce sens, je me sens coupable de ne pas avoir sentir le projectile venir, puisque la "question de l'incitation à l'anorexie" (...) est abordée de longue date. Sous le format habituel des travaux de terrassement de l'opinion précédent la création d'un délit imaginaire. Méthodes classiques : laisser des experts en rien et des "associations (de famille) des victimes" poser des questions autistes ("peut-on laisser des gens...") et lancer de faux débats sans contradiction. Qu'on me comprenne bien. Le délit d'incitation à la maigreur excessive ne me scandalise pas. Il est juste pathognomonique d'une époque qui :
1) se contrefiche de la force effective de la loi, donc peut la surcharger de mesures idiotes qui la paralyse
2) a totalement perdu le sens du ridicule et persévère dans son militantisme du néant
3) a totalement assimilé le principe "un problème - une loi" qui amène une inflation juridique hallucinante certes (cf point 1) mais surtout accoutume les gens à la privation de liberté au nom de l'intérêt général. La différence essentielle entre la démocratie totalitaire et la dictature totalitaire, c'est le tempo. La démocratie totalitaire installe les mêmes concepts et les mêmes méthodes, mais sur des durées beaucoup, beaucoup plus longues (cf. le IVème Reich progressiste : la culture de mort a mis 40 ans pour arriver aux mêmes conclusions que le nazisme).
En définitive, on vit à une époque formidable qui s'auto-apologise en permanence, se gargarise de valeurs de liberté, mais glisse lentement et sûrement sur la pente de la plus implacable des tyrannies. Et tout ça au nom de luttes imaginaires et oniriques. Normal. Une génération d'irresponsables libertaires est en charge de l'édification de la Loi. Ces gens qui n'ont aucun respect pour le concept de norme, de loi morale ou de loi naturelle ne peuvent en aucun cas formuler des lois qui soient autre chose qu'un poison pour tuer toute idée de loi. C'est tout le drame de l'anarchisme d'Etat : étant un paradoxe vivant, il détruit tout ce qui fait sens dans la vie des hommes.
Ca ressemble quand-même méchamment à l'apocalypse, tout ça.
13:48 Publié dans E. Le niveau monte | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

